Pensées
tirées
d'un manuscrit de Mr. de Saint-Martin
Rien n'est plus aisé que de savoir pourquoi la sagesse est une folie au yeux du monde, c'est qu'elle nous fait voir, par notre propre expérience, que le monde est une folie auprès d'elle. Car, quel est l'homme le plus désireux du vrai, qui n'ait pas eu des négligences dans sa marche et qui ensuite ne se soit pas regardé comme un fou, quand il a repris la ligne de la sagesse ?
Le seul mérite qui se trouve dans les prospérités et
les joies de ce monde, c'est qu'elles ne peuvent nous empêcher de
mourir.
Travaille pour l'esprit avant de demander la nourriture de l'esprit ; qui
ne travaille pas, n'est pas digne de vivre.
Pères, le sort de vos enfants est entre vos mains, soit au physique,
soit au moral : car votre parole est sacrée et si vous la maintenez
dans sa fermeté et dans sa mesure, vous pouvez d'un mot chasser les
maux et les vices de celui qui est votre image.
Le saint a quitté tout ce qui était en haut, pour venir nous
rendre la vie ; et nous, nous ne voulons pas quitter tout ce qui est en
bas, pour recouvrer la vie qu'il nous apporte.
L'homme d'un vrai désir est déjà arrhé pour
le Seigneur.
Dieu est un paradis fixe, l'homme devrait être un paradis ambulant.
La prière est une échelle avec laquelle on peut s'élever
jusque dans le ciel des cieux.
La paix se trouve bien plus dans la patience que dans le jugement ; aussi
il vaut mieux pour nous être inculpés injustement, que d'inculper
les autres, même avec justice.
N'aie rien en commun avec le monde ; il est trop savant dans
les
ignorances et dans les injustices.
Crois-tu avoir le droit de te réclamer à ton principe ? Tu
as tout.
Heureux qui sait prévenir les tribulations ou au moins les supporter
!
A force de dire, notre père, espérons que nous entendrons
un jour dire, mon fils.
Si, après notre mort, ce monde-ci ne doit plus nous paraître
qu'une féérie, pourquoi ne le regarderions-nous pas comme
tel dès à présent ? La nature des choses ne doit point
changer.
Dieu se conduit envers nous, comme voulant absolument nous forcer à
l'aimer.
La mort n'est qu'une des heures de notre cadran et notre cadran doit tourner
éternellement.
Les docteurs décrivent la nature, il n'y a que les sages qui l'expliquent.
Chasse de toi tous les vices ; développe envers ton prochain toutes
les vertus ; demande à Dieu tous les secours : c'est par là
que tu rempliras la tâche de l'homme.
Qu'il est doux de pouvoir se regarder, sans que notre haleine ternisse le
miroir !
.